Au Centre de la Photographie de Mougins, les images de Bertien van Manen ouvrent des portes rarement visibles : celles des cuisines ouvrières, des chambres modestes et des paysages marqués par l’extraction. Son travail relie les mines américaines, les ruines soviétiques et des vies saisies sans décor inutile.
Nostalgique des Polaroid instantané ? Voilà ce que tu dois retenir :
- ✅ La proximité compte davantage que la perfection technique : Bertien van Manen privilégiait la confiance, le temps long et les scènes vécues.
- âś… Les lieux industriels racontent des histoires humaines : une mine, un lit ou une cuisine deviennent des archives sensibles. đźŹ
- ✅ L’exploration ne se résume pas à l’exploration urbaine : il faut regarder les personnes, leurs usages et leur mémoire.
- ✅ Photographier l’ordinaire demande une vraie éthique : pas de misérabilisme, pas de mise en scène forcée, seulement une attention sincère. 📷
Au Centre de la Ph de Mougins, une exploration photographique au plus près des vies
L’exposition « Les échos de l’ordinaire », présentée au Centre de la Photographie de Mougins, ne propose pas une vision touristique des mines américaines ou des ruines soviétiques. Elle invite plutôt à ralentir devant des photographies où l’on sent qu’une relation a existé avant le déclenchement. Bertien van Manen, née en 1935 et disparue en 2024, ne cherchait pas l’image spectaculaire : elle cherchait ce qui se passe quand les visiteurs sont partis, quand le café refroidit sur la table et quand les enfants jouent dans un couloir trop étroit.
Le projet s’inscrit dans le réseau Grand Arles Express, associé à la dynamique des Rencontres de la photographie d’Arles. Coproduite avec la Fondation Bertien van Manen d’Amsterdam et le Centre d’art Gwinzegal, cette exposition met aussi en avant une ligne forte du lieu mouginois : rendre visibles les photographes européennes, notamment les femmes dont les œuvres ont longtemps été laissées à la marge des grands récits de l’histoire de la photographie.
Cette reconnaissance est essentielle. Pendant des décennies, les photographes femmes ont été associées à une pratique intime, domestique ou mineure, alors même qu’elles renouvelaient profondément le documentaire. Ici, le regard féministe n’est pas un slogan plaqué sur les images. Il se retrouve dans le choix des sujets, dans le temps accordé aux femmes photographiées et dans le refus de les réduire à une condition sociale, à une nationalité ou à une posture de victime.
Quand l’image imparfaite devient plus juste
Les yeux rouges, le cadrage légèrement instable, le flash parfois frontal ou les gestes peu gracieux ne sont pas des défauts à corriger. Ils font partie de l’expérience. François Cheval, commissaire de l’exposition avec Jérôme Sother, Yasmine Chemali et Iris Bergman, rappelle que la photographie possède sa logique propre : elle n’a pas à imiter la peinture ni à viser une beauté académique.
Ce point peut t’aider à regarder autrement tes propres images. Une photographie de famille parfaitement éclairée peut rester distante ; une image légèrement maladroite, prise au bon moment, peut au contraire conserver une présence immédiate. Chez van Manen, la technique ne disparaît pas : elle se met au service de la rencontre. Le petit format des tirages oblige à s’approcher, comme si le visiteur entrait à son tour dans une maison inconnue.
Imagine Lina, jeune photographe venue voir l’exposition avec l’idée de documenter une ancienne usine de sa région. Elle comprend vite qu’un bâtiment abandonné ne suffit pas. Pour produire un récit, il faut chercher les traces d’usage : une étiquette sur une boîte, une couverture pliée, une photo accrochée au mur, le témoignage d’une ancienne ouvrière. Cette démarche dépasse l’esthétique de friche. Elle rejoint l’archéologie industrielle, mais avec une dimension émotionnelle très concrète.
| Repère 📍 | Ce que montre l’exposition | Ce qu’il faut observer |
|---|---|---|
| 🏠Intérieurs | Cuisines, salons, chambres, objets familiers | La manière dont l’espace traduit une histoire personnelle |
| ⛏️ Monde ouvrier | Familles minières et territoires fragilisés | Le lien entre travail, logement et identité collective |
| 👩 Femmes invisibilisées | Migrantes, ouvrières, religieuses, mères | Leur rôle actif, loin des clichés compassionnels |
| 📸 Style photographique | Petits formats, flash, proximité | La sensation de partager une scène plutôt que de la surplomber |
Le Centre de la Ph de Mougins rappelle ainsi une chose simple : une image documentaire forte n’exige pas une distance froide, elle exige une présence juste. Cette idée conduit naturellement vers l’origine du regard de Bertien van Manen et vers les territoires miniers qu’elle a patiemment fréquentés.

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Mines américaines : l’histoire industrielle racontée depuis les cuisines des Appalaches
Avant de devenir une photographe reconnue, Bertien van Manen a d’abord travaillé comme mannequin puis comme photographe de presse magazine. Le vrai basculement arrive lorsqu’elle découvre « Les Américains », publié par Robert Frank en 1958. Elle y voit une photographie capable de circuler dans la vie quotidienne, sans la rendre plus propre, plus glorieuse ou plus vendeuse qu’elle ne l’est. Ce déclic l’éloigne des commandes de mode et l’oriente vers une aventure documentaire beaucoup plus personnelle.
Son choix matériel raconte déjà sa méthode. Elle délaisse le lourd équipement professionnel pour un appareil 35 mm plus discret, plus maniable, moins intimidant. Ce n’est pas un détail pour qui souhaite saisir un contexte réel. Un appareil imposant peut imposer une scène ; un boîtier simple aide parfois à rester dans le flux d’une conversation, d’un repas ou d’un après-midi banal. La photographe ne vient pas « prendre » des images : elle partage du temps.
Suivre les communautés minières sur plusieurs décennies
Dans les Appalaches, elle photographie des communautés liées à l’exploitation du charbon pendant plus de trente ans. Les mines américaines ne sont donc jamais un simple arrière-plan pittoresque. Elles déterminent les horaires, les corps, la géologie locale, les déplacements des familles et l’organisation des villages. Le charbon est sous terre, mais ses conséquences sont partout : dans les revenus, dans les maladies professionnelles, dans les silences et dans les départs.
Son approche évite deux pièges fréquents. Le premier serait de transformer les mineurs en héros robustes d’une épopée industrielle. Le second serait de n’en montrer que la pauvreté. Bertien van Manen choisit un troisième chemin : elle montre des personnes singulières, avec leur humour, leurs chiens, leurs enfants, leurs meubles et leurs habitudes. Une photographie comme « David on swing », réalisée en Virginie-Occidentale en 1987, rappelle qu’un territoire de travail pénible reste aussi un lieu d’enfance.
Pour préparer une visite ou un travail visuel sur ce sujet, il est utile de consulter une liste des mines situées aux États-Unis. Elle donne la mesure d’un pays industriel immense, fait de bassins très différents : charbon des Appalaches, cuivre de l’Ouest, minerais métalliques des Grands Lacs ou exploitations aurifères. Mais une liste ne raconte pas une communauté. C’est précisément là que la photographie apporte ce qu’aucune carte ne peut fournir : des visages, des gestes et une atmosphère.
- ⛏️ Regarder le paysage : terrils, voies ferrées, poussière et relief révèlent les liens entre géologie et activité humaine.
- 🏠Regarder les intérieurs : le logement montre comment une économie structure les vies privées.
- 🧤 Regarder les détails : vêtements de travail, mains, outils et traces d’usure racontent sans discours.
- 🗣️ Écouter les habitants : un témoignage replace chaque photographie dans une mémoire vivante.
Ce regard patient résonne aussi avec les mémoires minières européennes. Dans le bassin du Nord-Pas-de-Calais, des travailleurs civils et des prisonniers originaires d’URSS ont été contraints par l’occupant nazi à travailler dans les fosses entre 1942 et 1944. La lecture d’un article sur la mémoire longtemps occultée des déportés soviétiques rappelle que le patrimoine minier ne se limite jamais aux chevalements et aux machines. Il comprend aussi les violences, les migrations contraintes et les vies brisées.
Voilà pourquoi l’œuvre de van Manen est si précieuse : elle ne photographie pas la mine comme un décor, mais comme une force qui façonne les existences. Après les territoires américains, son travail se déplace vers une autre géographie bouleversée, celle de l’après-URSS.
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Ruines soviétiques et intimité post-soviétique : voir au-delà des clichés de l’exploration urbaine
Entre 1991 et 2009, Bertien van Manen travaille dans les territoires issus de l’effondrement soviétique. Cette période est marquée par des transformations économiques radicales, des incertitudes sociales et une redéfinition brutale des repères collectifs. Pourtant, ses photos ne cherchent pas à résumer l’après-URSS par des ruines soviétiques, des façades décrépites ou des symboles politiques effondrés. Elle entre dans les appartements, elle s’assoit, elle mange, elle écoute.
La série « Let’s Sit Down Before We Go » porte déjà cette idée d’hospitalité provisoire. Le titre évoque une pause avant le départ, un geste de partage face à l’instabilité. Dans les photographies, les cuisines deviennent des espaces politiques à leur manière. On y parle, on y boit, on y attend, on y négocie la journée. L’image de Vlada dans sa cuisine à Kazan, en 1992, n’a pas besoin d’un monument pour faire sentir l’ampleur d’une époque en bascule.
Le lit, un motif discret mais décisif
Le lit revient souvent dans le travail de l’artiste. Il peut sembler banal, presque trop intime pour une œuvre documentaire. C’est pourtant là que réside sa force. Un lit est un lieu de repos, de maladie, de rêve, de sexualité, de naissance et parfois de deuil. Dans des sociétés traversées par les bouleversements politiques, il reste un objet d’ancrage. Photographier ce lieu, c’est reconnaître que la grande Histoire s’inscrit dans les espaces les plus privés.
Cette approche offre une leçon utile à qui s’intéresse à l’exploration urbaine. Les bâtiments abandonnés séduisent facilement par leur texture : peinture écaillée, vitres cassées, slogans effacés, végétation envahissante. Mais un lieu ne devient pas intéressant seulement parce qu’il est délabré. Sans contexte, le spectaculaire vide peut produire une imagerie répétitive. La bonne question n’est pas « quelle ruine va impressionner ? », mais « quelle histoire ce lieu porte-t-il, et qui a vécu ici ? »
Les villes secrètes de l’atome soviétique, construites autour de programmes scientifiques, militaires ou spatiaux, illustrent bien cette tension. Derrière les murs et les accès contrôlés vivaient des ingénieurs, des ouvriers, des familles et des enfants dans un quotidien encadré. Les comprendre demande de relier les infrastructures aux habitants. Les services secrets, la guerre froide et la surveillance ont pesé sur ces environnements, comme le rappelle cette ressource sur les services soviétiques et américains durant la guerre froide, mais ils ne suffisent pas à raconter une vie.
Il est aussi nécessaire de nommer les réalités historiques les plus dures. Le système du Goulag a utilisé le travail forcé comme un instrument de répression et d’exploitation des ressources, notamment dans des régions éloignées. Parler de géologie, de mines ou de grands travaux sans évoquer ces contraintes reviendrait à effacer une part de l’histoire industrielle soviétique. Bertien van Manen ne réalise pas une enquête sur le Goulag, mais son attention aux individus invite à ne jamais dissocier les lieux de leurs rapports de pouvoir.
Les ruines soviétiques attirent le regard ; les habitants donnent leur sens aux images. C’est ce déplacement, de la friche vers la relation, qui distingue une aventure photographique durable d’une simple collection de décors abandonnés.
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Une photographie féministe qui rend visibles les femmes oubliées de l’histoire industrielle
Le parcours de Mougins ne commence pas uniquement dans les mines américaines ou dans l’après-URSS. Il éclaire aussi une série fondatrice : « I Am the Only Woman There », publiée une première fois en 1979 et rééditée en 2024. Bertien van Manen y photographie des femmes migrantes originaires notamment de Turquie, du Maroc, de Tunisie et d’Europe du Sud, venues travailler ou rejoindre leurs familles aux Pays-Bas.
À l’époque, ces femmes sont peu présentes dans les représentations publiques. Elles vivent souvent dans des appartements exigus, sont isolées par la langue, par les contraintes administratives ou par une division très marquée des rôles domestiques. Les photographier avec attention ne consiste pas à parler à leur place. Cela permet de rendre visible une réalité sociale que les images officielles négligent. La publication par la maison d’édition féministe Sara donne au projet une portée collective, et ses effets dépassent le monde de l’art : des cours de langue et des espaces d’échange ont notamment émergé dans son sillage.
Montrer une lutte sans voler la parole
Une photographie de manifestation de travailleuses turques dans une exploitation avicole à Almelo donne une autre dimension à la série. Ces femmes ne sont pas seulement observées dans leur logement ; elles apparaissent comme des actrices sociales, capables de revendiquer, de se mobiliser et de faire entendre leurs conditions de travail. C’est une différence fondamentale. Le documentaire devient juste lorsqu’il montre aussi les capacités d’action des personnes photographiées.
Cette méthode rejoint la phrase souvent associée à Bertien van Manen : elle devait aimer les personnes qu’elle photographiait, ressentir une attraction ou une fascination pour elles. Il ne s’agit pas de romantiser la relation photographe-sujet. L’éthique reste exigeante : consentement, temps, écoute et respect de la vulnérabilité. Mais l’affection sert ici de garde-fou contre une photographie qui exploiterait la précarité pour fabriquer une image forte.
Dans la série « Dienstmaagd des heren ? », réalisée en 1982 auprès de carmélites, le même principe s’applique autrement. Élevée dans un catholicisme néerlandais rigide, la photographe aurait pu produire une vision ironique ou accusatrice. Elle choisit la retenue. Ses petits tirages noir et blanc montrent les religieuses dans leurs activités quotidiennes, sans théâtraliser leur foi. La contrainte d’une éducation devient alors une capacité à repérer ce qui se joue dans les gestes ordinaires.
Pour les photographes qui travaillent aujourd’hui avec des familles, des associations ou des petites entreprises, cette démarche reste très actuelle. Une image utile ne doit pas enfermer quelqu’un dans une étiquette : « migrant », « ouvrier », « religieuse », « précaire », « senior ». Il faut montrer un métier, un regard, un espace, une relation. À ce titre, l’approche de Jo Spence et son exploration politique du corps offre un autre point de comparaison stimulant : la photographie peut être un outil de reprise de pouvoir sur sa propre représentation.
Le fil conducteur de l’exposition est donc limpide : rendre visible ne veut pas dire exposer quelqu’un sans protection ; cela veut dire reconnaître sa complexité. Cette exigence donne aussi des repères très concrets pour photographier des lieux sensibles et des patrimoines fragiles.
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Photographier le patrimoine minier avec respect : méthode concrète pour une exploration responsable
Le patrimoine minier attire les passionnés d’histoire industrielle, les amateurs de géologie, les photographes de paysages et les curieux d’exploration urbaine. C’est compréhensible : un ancien carreau de mine, une cité ouvrière ou une voie ferrée industrielle portent une présence visuelle forte. Mais cette richesse impose une méthode. Les lieux peuvent être dangereux, protégés, encore utilisés ou associés à des mémoires traumatiques.
La première règle consiste à distinguer visite autorisée et intrusion. Un site fermé ne devient pas accessible parce qu’il semble abandonné. Puits instables, gaz, galeries effondrées, matériaux toxiques et structures fragiles présentent des risques réels. L’aventure ne justifie pas de mettre sa vie en danger ni d’aggraver la dégradation d’un site. Le bon réflexe : rechercher les visites organisées, contacter les associations locales ou travailler avec les services patrimoniaux.
Passer du décor à l’enquête photographique
Avant de sortir l’appareil, prépare une courte enquête. Qui travaillait là ? Quelle ressource était exploitée ? Comment la géologie a-t-elle déterminé la forme du territoire ? Où vivaient les familles ? Quelles luttes sociales ou quelles migrations cette activité a-t-elle entraînées ? Ces questions évitent les images interchangeables. Elles transforment une promenade en récit cohérent.
- 🧠Identifier le site : date d’ouverture, fermeture, activité, propriétaire et accès autorisé.
- 📚 Croiser les sources : archives municipales, musées, presse locale, associations et témoignages d’anciens salariés.
- 🦺 Prévoir la sécurité : rester sur les parcours permis, ne jamais entrer seul dans une structure dégradée.
- đź“· Chercher les usages : photographier les traces du quotidien autant que les grandes architectures.
- 🤝 Demander l’accord : lorsqu’une personne raconte ou montre son lieu de vie, le consentement passe avant l’image.
Le travail de Bertien van Manen apporte un repère décisif : l’équipement le plus sophistiqué ne remplace pas la qualité du lien. Pour une série sur une ancienne mine, un 35 mm discret, un compact expert ou même un téléphone peuvent convenir si le projet est clair. Privilégie une lumière cohérente, évite de déplacer des objets pour « améliorer » la scène et note les informations essentielles après la prise de vue. Une date, un prénom, une phrase entendue ou un détail architectural feront toute la différence au moment d’éditer tes images.
Cette pratique peut aussi nourrir un projet local. En Alsace, un photographe peut documenter les anciennes activités textiles, les canaux, les ateliers mécaniques ou les carrières, sans imiter les codes des friches soviétiques. L’enjeu reste identique : relier les paysages de production aux personnes qui les ont habités. Pour élargir ton regard sur ces démarches, l’article consacré à l’exploration photographique des infrastructures de l’eau à Malzéville montre comment un sujet technique peut devenir une enquête visuelle accessible.
Le respect du lieu, de ses habitants et de son histoire produit toujours des images plus fortes que la recherche d’un frisson rapide. Cette attention prépare le regard nécessaire pour comprendre la portée durable de l’œuvre présentée à Mougins.
L’héritage de Bertien van Manen : regarder l’ordinaire comme une aventure humaine
La force de Bertien van Manen tient à un paradoxe apparent. Ses photographies semblent simples : une femme en cuisine, un enfant, un chien, un lit, une cigarette, un repas, une fête, une pièce mal éclairée. Pourtant, elles demandent beaucoup au spectateur. Elles refusent les hiérarchies habituelles entre les sujets qui seraient « dignes » d’être photographiés et ceux qui ne le seraient pas. Elles affirment que l’ordinaire mérite une attention entière.
Dans une époque saturée d’images rapides, cette lenteur a une valeur particulière. Les plateformes privilégient souvent l’impact immédiat : ruines spectaculaires, couleurs très poussées, cadrages dramatiques, visages réduits à une émotion facile à consommer. L’œuvre de van Manen prend le chemin inverse. Elle demande de rester un peu plus longtemps. Elle n’impose pas une interprétation unique ; elle laisse des zones de mystère, des détails et des contradictions.
Une leçon pour les photographes comme pour les visiteurs
Pour un visiteur, l’expérience consiste à ne pas chercher la « belle photo » au sens classique. Regarde plutôt les relations entre les personnes, les objets et les espaces. Demande-toi ce qui s’est passé juste avant ou juste après l’image. Pourquoi ce regard semble-t-il naturel ? Pourquoi la photographe a-t-elle choisi de rester dans cette pièce au lieu de sortir photographier le paysage ? Ces interrogations donnent de l’épaisseur à la visite.
Pour un professionnel, le message est tout aussi utile. Lors d’un reportage de famille, d’un portrait d’artisan ou d’une séance pour une petite entreprise, la confiance se construit par des gestes modestes : expliquer sa démarche, ne pas précipiter la prise de vue, respecter les silences et montrer les images avec transparence. Un bon photographe ne fait pas seulement poser ; il crée les conditions dans lesquelles chacun peut apparaître sans jouer un rôle.
Les commissaires de Mougins mettent ainsi en lumière une œuvre subjective, et ce mot compte. Subjectif ne signifie pas négligent ou approximatif. Cela signifie assumer qu’un regard est engagé, situé, affecté par ses rencontres. Bertien van Manen ne prétend pas épuiser la réalité des Appalaches, de l’URSS post-soviétique ou des communautés migrantes néerlandaises. Elle propose des fragments vécus, capables de résister aux stéréotypes.
Cette voie peut inspirer une pratique plus consciente de la photographie documentaire. Au lieu de chercher à « capturer » un lieu, il vaut mieux apprendre à le fréquenter. Au lieu de collectionner les ruines soviétiques ou les mines américaines comme des trophées visuels, il faut comprendre les travailleurs, les familles et les héritages laissés par ces économies. L’exploration devient alors une manière de relier l’architecture, la mémoire et les vies ordinaires.
Au Centre de la Photographie de Mougins, l’exposition est accessible tous les jours sauf le mardi, de 11 h à 19 h, au 43 rue de l’Église. Les tarifs annoncés se situent entre 3 et 6 euros. Prends le temps de t’arrêter devant les petits formats : c’est souvent à l’échelle d’une chambre, d’une table ou d’un visage que la grande histoire devient réellement visible.
Qui est Bertien van Manen ?
Bertien van Manen est une photographe néerlandaise, née en 1935 et décédée en 2024. Son œuvre documentaire repose sur une immersion longue auprès de communautés ouvrières, migrantes, religieuses et de familles vivant dans les territoires post-soviétiques.
Que montre l’exposition au Centre de la Photographie de Mougins ?
L’exposition « Les échos de l’ordinaire » rassemble des séries majeures de Bertien van Manen, notamment autour des communautés minières américaines, de l’après-URSS, des femmes migrantes aux Pays-Bas et des carmélites.
Pourquoi les mines américaines occupent-elles une place importante dans son travail ?
La photographe a suivi pendant plus de trente ans des communautés des Appalaches liées au charbon. Elle y montre l’impact concret de l’industrie sur les familles, les intérieurs, les paysages et les trajectoires individuelles.
Comment pratiquer l’exploration urbaine sans danger ?
Privilégie les sites ouverts au public ou les visites autorisées, renseigne-toi sur les risques, ne pénètre jamais dans une galerie ou un bâtiment instable, et respecte les habitants comme les traces historiques du lieu.




L’Ĺ“uvre de Bertien van Manen rĂ©sonne avec la vie quotidienne, elle saisit l’essence humaine.
J’adore la façon dont la photographie de Bertien van Manen raconte des histoires humaines profondes.
Ces photographies sont une belle invitation Ă dĂ©couvrir des histoires cachĂ©es, pleines d’humanitĂ©.